Hier, je finissais la maquette d'une biographie. La raconteuse, presque centenaire, la relira, l'annotera, la validera dans les prochaines semaines. Ensuite, son livre de souvenirs sera envoyé à l'impression. Mémoire d'un quartier de la ville, son témoignage de petite fille marquée par le bombardement du 27 mai 1944 m'émeut à chaque relecture. Je ne vous partagerai pas ses souvenirs personnels mais celui qu'elle a gardé d'une famille disparue ce jour-là.
Ce quartier que je traverse régulièrement ne garde aucune trace de ce jour terrible. Tant de gens, comme moi, y passent sans savoir que toutes les familles de cette avenue ont perdu un proche, une maison, leurs familles entières et pour certains, tout à la fois. Ma raconteuse se souvient parfaitement de tout, des images terribles de ce jour précis comme des jours d'errances qui suivirent, de la solidarité, de l'indifférence ou de la curiosité malsaine des quartiers voisins, des mois de débrouilles et des dix années qu'il fallut pour que le quartier efface ses plaies.
En confiant ses souvenirs à ses petits-enfants, elle entretient la mémoire d'un quartier, d'un moment historique, des défunts inhumés par centaine au cimetière de la ville et de la réalité terrible d'une guerre.
Rassurez-vous, ma raconteuse connut une belle vie remplie d'un métier passion et d'une famille aimante. Sans doute parce que les mots de sa mère avaient donné le ton : "Nous avons tout perdu, mais nous avons la chance d'être tous vivants!"



